08 janvier 2011

Le paradoxe de la nostalgie

Plus vaste est le temps que nous avons laissé derrière nous, plus irrésistible est la voix qui nous invite au retour. Cette sentence a l'air d'une évidence, et pourtant elle est fausse. L'homme vieillit, la fin approche, chaque moment devient de plus en plus cher et il n'y a plus de temps à perdre avec les souvenirs. Il faut comprendre le paradoxe mathématique de la nostalgie : elle est plus puissante dans la première jeunesse quand le volume de la vie passée est tout à fait insignifiant.

Milan Kundera, L'ignorance. 

25 avril 2010

Yanvalou

Je viens d'un tout petit village. Cela fait partie des choses que j'avais oubliées. Pour un homme qui a gagné longtemps sa vie au jour le jour et qui grimpe tranquillement les barreaux de l'échelle sociale, le souvenir est un luxe, pas une nécessité...

 

Le roman de Lyonel Trouilot, Yanvalou pour Charlie, est un hymne plaidoyer à l'arrêt de l'abandon, à la recomposition du vivre ensemble, dans une société de la misère qui côtoie l'ignorance du confort voire de l'opulence, à Haïti comme ailleurs.

Yanvalou pour Charlie

 

 

... Se tenait devant moi un garçon sale que je voyais pour la première fois, une curiosité venue d'un autre monde, et j'entendais ses silences. J'entrais dans sa tête et je disais ses mots. Je me suis mis à transpirer malgré la climatisation. Pris d'effroi. Comme là-bas, au village, il y a longtemps, quand j'ai rencontré la mort pour la première fois et que j'ai passé trois nuits à attendre qu'elle vienne me chercher. Là-bas, le village, mon père, les vieux joueurs de bézigue, Anne, le petit cimetière. Ce crétin de Charlie, avec sa vie de chien et son histoire de fou, était venu ouvrir la porte du retour.

 

Yanvalou pour Charlie, Lyonel Trouillot, août 2009, Actes Sud


03 novembre 2009

C'est quoi ça ? .... c'est kwasa.

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Le moteur crachote sous la pleine lune. Blottis les uns contre les autres, nous contemplons le ciel. Les étoiles qui scintillent éclairent notre embarcation, comme autant de projecteurs braqués sur nos peaux presque nues…

C'est quoi ça ? Maryvette Balocou

Océan Editions

Sorti le 29 octobre

20 octobre 2009

Le Temps arrêté

Il attendit longtemps, dans le silence, ne bougeant pas. Puis, lentement, il ôta de ses yeux le linge mouillé. Presque plus de lumière dans la pièce. Personne autour de lui. Il se releva, prit sa tunique qui gisait, pliée, sur le sol, la jeta sur ses épaules, sortit de la pièce, traversa la maison, arriva devant sa natte, et se coucha. Il se mit à observer la flamme qui tremblait, ténue, à l'intérieur de la lanterne. Et, avec application, il arrêta le Temps, pendant tout le temps qu'il désira.

Ce ne fut rien, ensuite, d'ouvrir la main, et de voir ce billet. Petit. Quelques idéogrammes dessinés l'un en dessous de l'autre. Encre noire.

Alessandro Baricco. Soie.

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31 mars 2009

La Cheminante

La naissance d’une nouvelle maison dans le paysage éditorial est toujours un bonheur... Et la première signature d'un de ses auteurs à Paris aussi ! Si vous passez par là, je suis sûr que vous ne le regretterez pas.

 

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08 mars 2009

Syngué Sabour

Avec retard j'ai lu et découvert le Goncourt. Syngué Sabour, Pierre de patience. Pierre à laquelle on raconte tout, on dévoile ses pensées et secrets intimes, libération de l'enfoui, de l'enfance à la femme soumise et mère. Mais la Pierre, le synguè sabour, est humain, c'est le mari, blessé immobile yeux ouverts ne parlant plus après une balle reçue en bon guerrier. La femme se libère lui parle laisse couler ses sentiments ressentiments. Entend-il, comprend-il ? Parole d'une femme, temps de guerre. Quelque part en Afghanistan.

8 mars, journée internationale des femmes.

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23 février 2009

L'arbre d'Ebène

... Au pays, avant ta naissance, avant de rencontrer ton père, dans la brousse de chez nous, ma famille n'avait pas de cabane. On vivait entourés de chèvres et de sable. Le désert était notre maison, le ciel, notre toit, les arbustes, notre point de repos. Dans le village le plus proche, il y avait une école vide que les Français ont construite et qui servait de logis aux bêtes. Le village était aussi vide que le désert. Un jour des touristes sont passés dans une grande voiture. Ils avaient tout. Ils mangeaient ce qu'ils voulaient. Une femme est venue vers moi et a voulu me photographier. Je lui ai fait un signe de refus. J'ai tourné la tête et j'ai regardé le désert. Elle m'a tendu un porte-monnaie vide. Et croyant que je ne comprenais pas ce qu'elle disait, elle m'a montré son appareil photo. J'ai pris le porte-monnaie. Elle m'a demandé de sourire en faisant la grimace. Je n'ai pâs souri parce que je ne voulais pas qu'elle me prenne en photo. Elle a dû penser que le porte-monnaie ne suffirait pas pour me prendre en photo alors elle m'a tendu quelques pièces de monnaie. Elle a pris sa photo. J'ai senti que quelque chose partait de moi. Elle m'avait prise sans mon accord, me volant ma présence dans le désert. Je n'ai pas bougé jusqu'à leur départ. C'était si simple pour elle de prendre ce qui ne leur appartenait pas.Ce jour-là, il s'est passé quelque chose d'effroyable. Je ne sais pas combien de temps je suis restée immobile après leur venue, mais en voulant reprendre mon chemin, j'ai aperçu au loin les chèvres de mon père, mortes sur le sable. Et la faim s'est répandue sur notre territoire. Ma mère couchée sous des branchages était en train de mourir de faim avec un bébé dans ses bras. J'ai pris mon petit frère et j'ai marché dans le désert sans savoir quoi faire. Les larmes réconfortent ici, mais là-bas, c'est une perte très grande. L'eau même salée est indispensable pour la survie du corps. Je n'avais pas de seins pour l'allaiter, seulement un porte-monniae avec quelques pièces à l'intérieur ...

 

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L'arbre d'Ebène, Fadéla Hebbadj, éditions BUCHET/CHASTEL, 2008

17 janvier 2009

La Porte des Enfers

Garibaldo pouvait faire ce qu'il voulait avec le café. Personne ne savait ce qu'il mettait dedans, à quels ingrédients il avait recours, mais il avait le don de savoir épicer son breuvage en fonction de la demande du client. Ces cafés-là, le patron allait les faire dans l'arrière-boutique. Il avait aménagé un percolateur spécial, entouré probablement d'une multitude de boîtes contenant des épices et des ingrédients en tout genre : poivre, cumin, fleur d'oranger, grappa, citron, vin, vinaigre, piment en poudre. Il procédait à l'élaboration de sa mixture et cela ne prenait jamais plus de temps qu'il n'en aurait fallu pour un café normal. Aucun client ne s'était jamais plaint. L'effet espéré était toujours au rendez-vous. On pouvait tout demander : des cafés pour ne pas dormir trois nuits d'affilée ou pour avoir la force de deux hommes, des cafés langoureux, aphrodisiaques... Il n'y avait qu'une seule règle : celui qui le demandait est celui qui le buvait. Garibaldo ne voulait pas se transformer en empoisonneur.

Laurent Gaudé, La Porte des Enfers. Actes Sud, 2008.

15 décembre 2008

Le Raccommodeur de Poussières

- Ah, tu es italien alors ! Rome, Venise, Trieste. Je connais tout comme si j'y étais allé. Les voyages, c'est grâce à ma 2 CV que je les fais. Elle a déjà transporté des milliers de gens. Mais un raccommodeur de poussières, jamais. Alors, si je comprends bien, on fait peut être un peu le même travail? Pendant que je trafique les moteurs des voitures, toi, tu bricoles avec les petits bouts de tout et de rien que tu trouves, c'est ça?

- Oui, c'est à peu près ça. Mais il ne faut pas trop me poser de questions.

- Juste une. Tu connais quelqu'un à Madagascar?

...

Le Raccommodeur de poussières. Maryvette Balcou. Editions la Cheminante, 2008.

 

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02 septembre 2008

Touffes d'oiseaux

Tagué par Rony. Je réagis avec retard : je tague (c'est bien parce que c'est toi, rony...) mais j'en profite savourer des mots magnifiques que je jette sur le clavier, et je tague à mon tour.... (Règlement : 1- Citer la personne qui nous a "tagué"; 2- Indiquer le règlement; 3- Choisir un livre, l'ouvrir à la page 123; 4- Recopier à la 5ème ligne, les 5 lignes suivantes; 5- Indiquer titre, auteur, éditeur, année d'édition; 6- Taguer 4 personnes.)


Touffes d'oiseaux qui explosent. Voltes de papillons abî-

més dans l'extase. Montées au rythme des tambours. Ordres

à la pluie. Injonctions amoureuses aux fécondes. Soumissions

au soleil. Misères des possessions dans le cercle des flammes.

Impudeurs dans l'offrande des soieries sur un ventre.

 

L'esclave vieil homme et le molosse, Patrick Chamoiseau, 1997

 

nono,rosa,oxygene,laudith

 

14 juin 2008

Les arbres du côté de la montagne

"Notre chambre était tout au bout de la maison, du côté de la montagne. Quand il allait pleuvoir, la montagne semblait tomber sur nous, je me souviens, nous avions l'impression de pouvoir la toucher en tendant les bras. Ce qui était bien, c'étaient les arbres, nous voyions tous les arbres de la forêt, les ébéniers plantés par mon grand-père, et les bois noirs, les acajous, les cèdres amers. C'était magnifique, quand le vent soufflait je voyais leurs cimes bouger, et il y avait toujours des oiseaux dans les branches. On ne la voyait pas, mais la cascade était tout près, et lorsqu'il pleuvait [...] nous restions devant la fenêtre, la montagne avait disparu dans un nuage, et nous écoutions le bruit de la pluie sur les feuilles des arbres, ça venait par ondées, comme un grand animal qui bousculait les feuilles, et on entendait le bruit de la cascade qui grandissait, qui grandissait, ça nous faisait peur..."

 JMG Le Clézio. Révolutions.

29 avril 2008

Ils habitent la terre

Un texte qui m'a happé dans un livre que j'ai découvert, une écriture et une pensée à savourer. Nada Moghaizel-Nasr "Images écrites", éditions Dar An-Nahar, Beyrouth.

Ses enfants n'habitaient pas avec elle la rue 33. Ils habitaient la terre. Ils ne nageaient pas dans une plage, mais dans la Méditerranée, et leur tête était recouverte d'une couche d'ozone. Ils étaient entourés d'étoiles pas d'immeubles et leurs voisins étaient Mars et Jupiter. Ils faisaient, en restant sur place, un magnifique voyage, tournant autour du soleil, même assis sur un  banc, pendant un cours de maths. Eux et leurs professeurs appartenaient à la voie lactée, aucun règlement de l'école n'y pouvait rien. Ils réfléchissaient d'ailleurs en termes d'année-lumière et non d'année solaire, et savaient qu'ils devaient leurs journées à l'éclat d'une étoile.

Ils habitaient la planète, alors ils étaient concernés, solidaires. Ils étaient concernés par l'état de l'eau, de l'air et de la terre, qu'il leur fallait préserver par chacun de leurs gestes.

Elle entendait leurs conversations, pendant qu'ils fabriquaient un arc à flèches ou une potion magique, et grâce à eux, elle habitait l'univers. 

26 avril 2008

Les 7 savoirs

Le billet de Rony, politiciens serviles, du 16 avril, et les nombreux commentaires qu'il a engendrés, m'ont fait reprendre l'ouvrage "Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur" d'Edgar Morin (Unesco, 1999, et Seuil, 2000). Le travail d'E Morin dans ce livre est de tenter de dégager les thèmes qui devraient devenir fondamentaux dans nos enseignements. Son propos n'est pas de s'arrêter aux matières à enseigner, mais il tient à exposer les problèmes fondamentaux d'autant plus nécessaires à enseigner qu'ils demeurent totalement ignorés ou oubliés :

- les cécités de la connaissance : l'erreur et l'illusion

- les principes d'une connaissance pertinente

- enseigner la condition humaine

- enseigner l'identité terrienne

- affronter les incertitudes

- enseigner la compréhension

- l'éthique du genre humain 

24 avril 2008

Colères du Présent

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1er mai : 7éme Salon du Livre d'Expresion Populaire et de Critique Sociale à Arras organisé par l'association Colères du Présent. 40 ans après 68, et dans un contexte dont on ne peut vraiment pas être fier. Mais il y en a qui continuent à rester éveillés, qui réveillent ou maintiennent éveillés, secouent et dérangent. Ici par la plume, l'écrit, le dit et le lu, par les textes, les slams, la musique et la scène. Vive l'Internationale Littéraire !

Site : www.coleresdupresent.com

Programme à télécharger 

02 mars 2008

Le Dernier Frère

Aujourd'hui, j'aime à penser que, si le bois existait encore - car évidemment, il n'est plus, à la place, il y a des immeubles modernes avec des fleurs en pots aux fenêtres et des balcons où se tiennent des familles pour regarder je ne sais quoi -, je pourrais refaire ce chemin là. Maintenant quand je repense à tout cela, pour la première fois depuis bien des années, eh bien, je vous jure que mes pieds me chatouillent et que des vieux réflexes se réveillent dans mes muscles rachitiques. A gauche, tout droit, hop, baisser la tête, se balancer sur une branche, prendre l'élan, serrer les dents, faire comme bête, un tigre, quelquechose qui n'ait peur de rien.

Le dernier frère, Natacha Appanah, Editions de l'Olivier, 2007. Roman mauricien magnifique.