24 octobre 2009

La forêt de tamarins

Lavergne tira Judex de sa rêverie en l’amenant au dehors, l’invitant à le suivre. Ils se dirigèrent vers la forêt de tamarins. Judex était curieux et impatient de découvrir la raison pour laquelle l'ancien l’avait fait monter dans son repère. Les jours s’étaient succédé si rapidement depuis le départ d’Amilcar. Les diverses tâches avaient eu raison du vide créé. Finition du branchement électrique du village,  premiers essais fructueux. La fête offerte spontanément par la communauté à celui qui faisait office de guide dans ce monde nouveau d’où avait disparu toute assurance ou sécurité.

 

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19 août 2009

Le volcan

L’activité volcanique fréquente de ses dernières années ne surprenait plus personne, contrairement à la longue période qui avait précédé et pendant laquelle on avait cru que le monstre s’était définitivement éteint. Lavergne avait expliqué les diverses hypothèses développées par les scientifiques à la fin du siècle concernant les potentialités évolutives du volcan, et chacun avait repris conscience du danger éventuel qu’il pouvait faire peser sur l’île, dans cent ans ou demain. Dans l’immédiat, ceux qui avait pu approcher les zones d’activité au cours des années passées avaient raconté aux autres la féerie de l’embrasement venu des entrailles de la terre et la magnificence des fleuves de lave s’épanchant et dardant la nuit de reflets de sang, avant d’aller affronter l’immensité liquide en passe de se faire rogner encore un peu de sa surface.

Certains, aiguillonnés par les rêves engendrés par les récits, avaient décidé, comme souvent quand se produisait une éruption, de monter une expédition, et c’est un groupe d’une petite dizaine accompagnés des enfants les plus âgés du village, qui avaient démarré très tôt la veille pour une randonnée de plusieurs jours à travers les montagnes. Judex songeait à ce voyage qu’il n’avait jamais fait, et auquel il avait encore une fois renoncé, ne pouvant se permettre de repousser les travaux qu’il devait terminer avant l’arrivée de la saison chaude et cyclonique.


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L'expert en mécanique

28 juin 2009

L'expert en mécanique

L’expert en mécanique détacha son regard du hublot percé dans la cloison à la couleur claire. Le bruit léger du frottement de pieds nus contre le sol l’avait sorti de sa rêverie. Le grand échalas dégingandé à la tignasse crépue et en short bleu qui se tenait dans l’ouverture de la case évoquait un champignon à la tige longue et fine qui avait crû trop rapidement. Lavergne, tout en lui souhaitant la bienvenue, s’épongea le front avec la serviette rapiécée, espérant ainsi lutter contre la torpeur moite de ce milieu de journée alourdissant les esprits et les mouvements. Allongeant le bras sur l’accoudoir de son fauteuil, il se dirigea vers le baquet et y prit deux noix évidées. Il les emplit d’un breuvage douceâtre, et en tendit une à Judex tandis qu’il s’apprêtait lui-même à se désaltérer.

Le jeune homme plongeait les yeux au travers du hublot, sans y voir vraiment les arbres s’agitant finement à la brise légère : au loin, les volutes de fumée témoignaient du réveil du volcan depuis maintenant presque deux semaines. C’est Lavergne qui avait signalé au village la réapparition des fumerolles, puisque lui seul, du fait de la situation de sa case était en mesure de les apercevoir, et la nouvelle avait alimenté les discussions du soir des premiers jours.

 

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Bon vieux temps

19 juin 2009

Bon vieux temps ...

Judex revoyait le cauchemar de la veille. N’avait pas été prémonitoire par certains aspects ? Plutôt que de se poser 36 questions sur Amilcar et son choix, il était amené à se préoccuper de son propre positionnement dans le monde qui l’entourait. Son ami avait décidé d’aller voir ailleurs, ça le regardait. Judex ne voulait même pas émettre la moindre critique négative à son égard. Les événements de ces derniers jours avaient remué au plus profond de lui-même de vieilles questions qu’il croyait avoir réglées depuis longtemps. Dans le même temps que son corps et son esprit avaient pu partager leurs émois au travers de son amour avec Rose-Améline, ces contacts indirects avec les signes d'un monde qu’il croyait disparu réveillaient en lui des sensations contradicatoires. Pour rien au monde, il n’aurait voulu revivre les moments cauchemardesques du RMI et des ASSEDIC. Et pourtant, d’autres choses avaient disparu, qu’il aurait volontiers retrouvées. . .

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La ville

15 mars 2009

La ville

Cette fois ci les visiteurs n’avaient rencontrés ni parlé à personne. Certains les avaient vu fuir pendant l’incendie. Les discussions allaient bon train à Bras Sec sur les raisons d’un tel acte, et sur les implications d’une telle évolution quant à l’avenir. Ceux de Bras Sec qui avaient l’habitude de se rendre à la ville pour vendre leurs produits au marché forain émettaient leur opinion sur l’état actuel de la société qu’ils observaient là-bas. Les marcheurs-marchands de Bras Sec répétaient à cette occasion la crainte qui les animaient depuis un certain temps déjà. Pendant combien de temps pourraient ils continuer à se rendre dans cette ville devenue de plus en plus dangereuse et invivable à leurs yeux ? En attestaient le nombre croissant de ceux qui la fuyaient, de ceux qui avaient choisis depuis longtemps de reconstruire autre chose après la désertification des campagnes hâtée par la folie des hommes et par les catastrophes naturelles du siècle dernier.
D’autres atténuaient le discours pessimiste, soulignant les incertitudes quant aux instigateurs inconnus du feu. Et puis cet incendie pouvait après tout être naturel étant donnée la conjonction d’un fort vent et d’un soleil puissant quand s'atait déclaré l'incendie. Et puis, tout n'était pas si noir que ça à la ville. La disparition des contacts avec la métropole lointaine qui avait trop à faire avec ses propres problèmes, avait mis en place des communautés de citoyens de mieux en mieux ancrées et développant non seulement l’entraide à l’intérieur de la ville, mais aussi les échanges avec le reste de l’île, notamment l’est, resté moins isolé géographiquement. Des contacts commençaient même à se refaire avec les autres îles de la région par voie de mer, puisque d’avions il n’était plus question. Ces dernières paroles plutôt rassurantes avaient permis de rasséréner quelque peu Rose-Améline qui avait commencé par imaginer son frère Amilcar aux proies des plus infâmes individus, dans un univers fantasmagorique fait plus de monstres faméliques que de créatures accueillantes et dévouées ...

 

L'incendie

23 janvier 2009

L'incendie

Bras Sec était en effervescence. Il faut dire que la nouvelle était de taille, et avait de quoi nourrir les conversations de par les craintes et les incertitudes qu’elle engendrait. Rose-Améline et Judex étaient arrivés avant l’heure du midi, et avaient pu faire assez rapidement les habituels échanges et acquisitions diverses pour les habitants de Bois-Rouge. C’est en grignotant ensuite à la Taverne des Anes, avant de reprendre le chemin du retour, qu’ils avaient appris la raison du feu qu’ils avaient aperçu le matin même de chez Lavergne.
C’était bien d’un village que montaient les fumées. Le feu avait pris dans les broussailles envahissant la pente vers le nord, et s’était avancé vers les cases sans que les habitants ne puissent le stopper. Ils n’avaient pu que fuir et observer, impuissants, la destruction qui s’était étendue à la plupart des cultures entourant l’îlet. Un groupe était monté jusqu’à Bras Sec pour demander de l’aide. Il fallait en effet reconstruire, et surtout survivre, et les villages alentour allaient permettre de subvenir aux besoins de la population du village, dans l’attente de nouvelles récoltes.
La surprise, et la consternation venaient en fait de la probable cause de ce désastre, dont on pouvait difficilement imaginer qu’il fût naturel. Un des habitants avait aperçu de grand matin un groupuscule d’étrangers s’aventurer non loin des cases, sans y prêter plus d’attention, car il était relativement fréquent que les parages soient visités par des jeunes ou moins jeunes aventuriers venant de la ville par la corniche ou la montagne.
Souvent même, les villageois liaient volontiers conversation avec ces gens issus d’un autre monde, monde résidu extrait du passé, de leur passé, dont ils ne voulaient plus. Il leur était agréable d’échanger et de deviser avec ceux qui leur racontaient l’évolution là-bas, leur donnant bonne conscience, et les confortant dans le choix qu’ils faisaient de rester confinés dans les grands espaces, isolés du progrès ou de ce qu’il en restait. Certains des visiteurs restaient même pour plusieurs jours, voire s’installaient dans un des villages, parfaitement intégrés dans ces nouvelles mini sociétés.

 

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épisode précédent ? --> Scène de vie

22 décembre 2008

Mme Arside

La vieille femme exhalait encore une fraîcheur et un dynamisme hors du commun. Elle était arrivée en sautillant, supportant le lourd fardeau que constituaient deux jarres remplies d’eau, complétées par un panier rempli de fruits posé sur sa tête. Elle affichait une maigreur qui pourtant n’entravait pas l’aspect extérieur de robustesse qu’elle donnait. Elle posa les récipients et le panier dans un coin, lança un bref bonjour aux jeunes gens, avant de leur servir de quoi se désaltérer. Tous trois s’échangèrent les dernières nouvelle et parlèrent d’Amilcar et de son départ pendant un bon moment. Madame Arside aimait les visites que ce dernier lui faisait épisodiquement, seul ou accompagné de sa soeur ou de Judex. Les discussions avançaient toujours autour des livres anciens, et la vieille femme avait toujours été étonnée des connaissances littéraires de ce jeune africain d’origine, de sa mémoire des textes et des auteurs du siècle précédent. Elle se demandait ce que ce jeune passionné pouvait bien aller chercher dans les méandres des résidus de la civilisation post-moderne. Elle exposa ses théories à Rose-Améline, en tentant de convaincre la jeune fille de ne pas se morfondre au sujet de cet éloignement, qui ne serait, elle en était sûre, que provisoire. Pour sûr, Amilcar était parti chercher la trace des livres dans les seuls endroits où il avait encore une chance d’en trouver...
La matinée avançait, et les deux jeunes durent prendre congé s’ils voulaient être de retour avant la tombée de la nuit. Ils sortirent les provisions destinées aux deux occupants isolés de l’ilet, en échange des fruits collectés pour eux par Madame Arside, puis reprirent le chemin de Bras Sec, où ils pourraient se réapprovisionner en matériels, consommables, et ingrédients divers en échange des quelques kilos de légumes qu’ils transportaient. Ils auraient peut-être aussi des nouvelles du monde extérieur, qui ne représentait plus pour eux qu’une menace potentielle, même s’il continuait à leur procurer quelques éléments de facilité et de confort, bien que ceux-ci soient de plus en plus difficiles à trouver...

L'épisode précédent ? ---> Dieudonné Arside

L'épisode suivant ? ---> Scène de vie

Le début ? ---> Terres du passé


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Cirque de Mafate, La Réunion, juillet 2003

09 septembre 2008

Dieudonné Arside

Judex et Rose-Améline sursautèrent simultanément quand surgirent soudainement à leur côté une marée de mouvements désordonnés issus d’un être dont l’apparence humaine était évidente, malgré l’incongruité première de son comportement spontané. Les bras s’élançaient par saccades vers l’avant ou latéralement, décrivant d’amples mouvements dont il semblait que le but premier était de montrer un point éloigné dans le ciel ou à l’horizon, ou de se protéger d’un ennemi attaquant par surprise. Amples mouvements s’accélérant puis se freinant tout aussi rapidement, accompagnés, sans aucune coordination, par ceux de jambes dont la fonction restait pourtant de soutenir celui à qui elles appartenaient, et même de lui permettre la fonction de mobilité par la marche, si on pouvait appeler marche ce qui ressemblait plus à une danse ou un rituel étrange.
Il s’agissait bien entendu de Dieudonné, le fils de madame Arside. Son visage se lançait maintenant dans une succession de contorsions qui rappelaient à Judex les descriptions de Quasimodo. Les lèvres s’avançaient puis reculaient, s’ouvraient avec parcimonie pour laisser passer des sons aigus accompagnés de sourires. Dieudonné parlait, souhaitait la bienvenue aux visiteurs. Son corps s’était calmé, et ne lançait plus que quelques soubresauts incontrôlés. Les deux arrivants le remercièrent puis se dirigèrent vers la case et s’installèrent dans l’une des deux uniques pièces pour attendre Madame Arside que Dieudonné était allé chercher au poulailler.

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28 juin 2008

L'îlet de Mme Arside

L’ilet était maintenant bien visible. Il avait été nécessaire de pénétrer quelques dizaines de mètres dans le bois relativement touffu pour commencer à apercevoir le toit de la première et seule case encore vaillante, là où une dizaine d’entre elles se serraient encore les unes contre les autres quelques années auparavant. De loin, on aurait cru plutôt à un amoncellement de tôles traversées parfois par une plante envahissante tentant de regagner à mesure du terrain sur cet amas artificiel dont l’anachronicité n’était plus mesurée que par les quelques insectes, oiseaux, ou animaux ayant gardé dans leur mémoire ancestrale les traces du lent combat de l’homme contre lui-même.
Sur la droite, l’oeil était d’emblée attiré par l’harmonie de couleurs que madame Arside s’appliquait à maintenir grâce à la complémentarité de plantes et de fleurs choisies avec art et scrupuleusement entretenues. Le poinsettia n’avait rien à envier de l’exubérance humide des forêts tropicales, et rivalisait de hauteur avec le frangipanier aux tâches blanches. Bougainvilliers, azalées et rosiers tempéraient le rouge claquant du poinsettia et des hibiscus, offrant à l’oeil une note intermédiaire s’accordant parfaitement avec les bleus, jaunes légers, et verts aux différentes nuances disposés dans le parterre de fleurs qui accueillait le visiteur. Dans un coin, l’amas de bananiers bien fournis dont les feuilles se promenaient délicatement sous l’effet d’une légère brise apaisait la toile de fond au centre de laquelle trônait le vert rude du manguier...
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Suite...

12 juin 2008

Le passage

Chacun des pas de la jeune femme ne s’effectuait que sous l’ordre de Judex, lui-même peu rassuré de devoir traîner sur de telles passerelles. Il ne connaissait pas le vertige, mais il savait, ou plutôt ne pouvait s’empêcher, d’imaginer les conséquences d’une chute ou d’un faux pas.
Le dernier passage délicat se situait dans un lieu humide du fait de l’écoulement d’eaux de ruissellement depuis le haut des remparts surmontant le sentier. Rose-Améline aurait certainement rebroussé chemin si cela ne l’avait pas contrainte à affronter en sens inverse les mêmes difficultés. C’est en rampant sur le ventre, centimètre par centimètre, fixant Judex dans les yeux pour être sûre de ne pas jeter son regard vers l’abîme, qu’elle réussit à franchir glorieusement cette ultime épreuve...

(passage précédent.)

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